Comment bien écrire un bon scénario

En bref : pour écrire un scénario captivant, il faut beaucoup écrire. Et beaucoup lire. Pour écrire une histoire animée captivante, il faut beaucoup regarder. Point important : en animation, on écrit les scénarios presque comme pour le cinéma en prises de vues réelles. Du moins pour la structure : ce sont les mêmes lois de la dramaturgie. Mieux encore, dans le cinéma de festival, ces lois sont presque les mêmes qu'à Hollywood. Le « squelette » d'un film d'auteur diffère peu de celui d'un film grand public — seule la manière change.


Aujourd'hui, nous verrons de quoi se compose une histoire, comment s'écrivent les histoires animées et quelles techniques aident à retenir l'attention du spectateur.

Comment écrire un bon scénario — illustration 2

Vous trouverez dans ce texte quelques astuces pour créer une histoire captivante. Dans notre studio, nous accordons toujours une immense attention au scénario et à la structure du récit, même pour un spot publicitaire de dix secondes. Si vous souhaitez discuter de votre idée et la peaufiner, écrivez-nous.

Le déclencheur


Commençons donc par le commencement. En bref, voici ce que disent les manuels les plus populaires (mon top : « Le Héros aux mille et un visages » de Joseph Campbell, « Story » de Robert McKee, « The Tools of Screenwriting » de David Howard et Edward Mabley). Une histoire a un début, un milieu et une fin. Un déclencheur, un climax et un dénouement. Examinons d'abord ces éléments à partir d'un film : « Titanic ».

Comment écrire un bon scénario — illustration 3

Racontons l'histoire de Jack Dawson. Le déclencheur de son histoire n'est pas le moment où il monte à bord du Titanic. C'est certes un grand événement pour lui, mais Jack n'a rien fait pour cela. Il a gagné les billets au poker et, même quand son adversaire s'est emporté, il n'était pas prêt à se battre pour ses gains. Il a juste fermé les yeux. Jack a eu de la chance — et maintenant, sa véritable histoire l'attend.


Le déclencheur de l'histoire de Jack, c'est le moment où il tombe amoureux d'une femme de première classe. Inaccessible, impossible pour lui. C'est alors que le spectateur s'attache définitivement à l'histoire. Parce qu'il se pose une question : comment tout cela va-t-il finir ? Retenez-le : le déclencheur est un événement qui change à jamais la vie du héros.


Kolobok s'enfuit de chez le grand-père et la grand-mère vers un monde nouveau et inconnu. Sa vie ne sera plus jamais la même. Le père de Simba meurt (« Le Roi lion »). Sa vie ne sera plus jamais la même. Dans le marais que Shrek aime plus que tout au monde, on déverse des personnages de contes. Shrek doit se lever et agir pour rétablir l'ordre de vie qui lui convenait. Le déclencheur, c'est le début du conflit du héros avec le monde extérieur. C'est le héros qui quitte la maison chaleureuse, où tout lui est proche et familier, pour une forêt inconnue. Un monde nouveau, totalement inexploré, mystérieux, mais inévitable.

Comment écrire un bon scénario — illustration 4

Le développement


Commence alors la longue et difficile histoire des épreuves du héros. Péripétie, événement dramatique, brèche, complications progressives : selon les manuels, ces mots désignent ce qui pousse le héros vers son but.


Arrêtons-nous ici plus en détail. Nous connaissons des films et des animations où le héros a un but final très clair : libérer ses parents (« Le Voyage de Chihiro » de Miyazaki), tuer Voldemort (« Harry Potter »), libérer Rose (« Titanic »). D'ailleurs, notez-le : le but de Jack Dawson n'est pas tant de conquérir cette femme que de la rendre heureuse. C'est pour cela qu'il meurt. Non pas parce qu'il n'y a pas de place pour lui sur la porte, mais parce que Rose n'aurait guère vécu une vie heureuse avec Jack.

Comment écrire un bon scénario — illustration 5

Mais nous connaissons aussi des films et des animations où le but du héros change au fil de l'intrigue. Où le héros semble vouloir une chose, puis comprend que son but est tout autre.


Au départ, Shrek ne veut ni tomber amoureux, ni se faire des amis, et n'a aucune envie de côtoyer le monde extérieur. Son seul désir : qu'on le laisse tranquille. Son but initial est donc de débarrasser son marais des intrus. Seuls le développement de l'intrigue et la complexité croissante de ses épreuves le mènent à son but final.


Simba n'a aucune intention de défendre sa jungle ni de venger le meurtre de son père. Son seul but : vivre une vie égoïste, libre de soucis et d'épreuves. Ce n'est que grâce à ses alliés, et en comprenant que sa terre est en danger, qu'il revient pour libérer les autres.


Qu'est-ce que cela nous dit ? Cela témoigne du professionnalisme de l'auteur. Une histoire où le héros a un but précis et définitif, et l'atteint simplement, n'est pas toujours intéressante à regarder. Il y a des exceptions, bien sûr, mais la base d'un bon scénario, c'est un héros complexe. Un héros aux sentiments complexes, qui ne sait pas toujours ce qu'il veut, au passé difficile. Dans toute histoire, animée ou en prises de vues réelles, efforcez-vous de créer un héros plein de contradictions.


Shrek est très bon à l'intérieur, mais très effrayant et menaçant à l'extérieur. Le perroquet Kesha est colérique et prétentieux, mais il aime toujours son maître Vovka. Gentil, prêt à aider, même s'il se conduit comme un enfant.

Comment écrire un bon scénario — illustration 6

Souvenez-vous du futur mari de Rose, dans ce même « Titanic ». Un type désagréable, fuyant, méchant, égoïste et narcissique. Son talon d'Achille et la valeur suprême de sa vie, c'est son honneur. Et pourtant, le film contient une scène remarquable où Caledon, avec Jack, persuade Rose de monter dans le canot. Encore une fois : un homme que sa fiancée vient de tromper s'allie à l'amant, côte à côte, pour sauver celle qu'il aime. Le héros fait passer son honneur au second plan au nom du véritable amour qui vit encore en lui. Voilà le professionnalisme de l'auteur : un héros complexe et contradictoire.

Comment écrire un bon scénario — illustration 7

Le héros, c'est son choix. Pourtant, une chose unit absolument toutes les histoires, en prises de vues réelles comme animées, et distingue la dramaturgie de la littérature : l'action. Le héros doit agir.


Une histoire où le héros refuse d'agir n'intéressera pas le spectateur. Dans de rares cas, les auteurs écrivent sciemment des histoires au héros passif pour briser le canon, comme « The Big Lebowski » des frères Coen, mais un tel scénario n'aurait rien de brillant si des forces extérieures ne bousculaient, ne secouaient et ne forçaient pas le héros à quitter son canapé pour faire enfin quelque chose. Si un film ou un scénario a un protagoniste faible, il a sans doute un antagoniste très fort.


L'action, c'est le choix. C'est un point important. Le choix, c'est l'action du héros à la croisée des chemins. Le héros veut rentrer chez lui, mais à trois cents miles se trouve une princesse dans un château. Que choisir ? La maison est chaude et confortable, mais le château, c'est un monde nouveau et inconnu. Le héros choisit de partir plutôt que de rester. Le héros a un cancer, il mourra dans quelques années et veut à tout prix mettre sa famille à l'abri. Il veut aussi, au moins une fois dans sa vie, se sentir important. Une option se présente : fabriquer des substances illicites. Il s'agit bien sûr de la série « Breaking Bad ». Vous sentez à quel point ce choix est difficile ? C'est formidable quand la vie place le héros face à un choix difficile.

Comment écrire un bon scénario — illustration 8

Rappelez-vous : était-il difficile pour Jack Dawson de mourir pour sauver Rose ? En réalité, c'était assez facile pour lui. C'est pourquoi Jack n'est pas, à proprement parler, le héros de « Titanic ». Pour le futur mari de Rose, en revanche, sacrifier son honneur à celle qu'il aime est bien plus difficile. Et voilà un choix intéressant et complexe. Un choix facile pour le héros n'est pas un choix.


Le choix du héros est le moteur principal de l'histoire. Il a été très difficile pour Simba de quitter un monde insouciant pour revenir à celui de la responsabilité, des décisions et du risque pour sa vie et celle des autres. C'est un choix difficile.


La pièce la plus importante au monde, sans doute, parle justement de la difficulté du choix. « Être ou ne pas être, telle est la question. » C'est Hamlet. Et ce qui rend grands cette pièce et ce héros, c'est la difficulté du choix qu'il veut (ou ne veut pas ?) faire. Sans oublier que l'intrigue du « Roi lion » est celle de Hamlet.

Les alliés


Qu'est-ce qui aide le héros à faire son choix ? Les alliés sont une part importante du récit. Sans eux, le héros ne serait rien. Les sept nains aident Blanche-Neige à se débarrasser de la Reine. Nala et Rafiki sont les alliés de Simba, sans qui il ne serait jamais rentré sauver sa terre. Sans-Visage, ou Kaonashi, est l'allié de Chihiro, sans qui la fillette n'aurait pas pu sauver ses parents (« Le Voyage de Chihiro » de Miyazaki). Fait notable : au début, il agit plutôt en antagoniste et tente l'héroïne avec des richesses et de l'or, mais Chihiro surmonte dignement cette épreuve et apprivoise la créature qui semblait prête à détruire tout le monde de nos héros.

Comment écrire un bon scénario — illustration 9

L'aide apportée au héros sur le chemin du but, ou dans le monde inconnu, est un élément obligatoire de la structure.

Le bien et le mal


Revenons au conte « Blanche-Neige et les Sept Nains ». Vous vous souvenez de l'intrigue ? Blanche-Neige est une jeune fille gentille, travailleuse et charmante, que la Reine déteste. Un beau jour, la Reine apprend par le miroir qu'elle n'est pas du tout la plus belle. Elle décide de tuer Blanche-Neige. Le meurtre échoue, car le tueur prend pitié de l'héroïne, et Blanche-Neige se retrouve dans la forêt. Elle y rencontre les nains ; puis la Reine apprend que la petite est vivante, se déguise en vieille femme et vient lui faire manger une pomme. Blanche-Neige tombe comme morte en croquant la pomme, et les nains parviennent à éliminer la Reine. On croirait la fin venue — Blanche-Neige est morte — mais le prince charmant sauve l'héroïne d'un baiser. Voilà toute l'histoire.

Comment écrire un bon scénario — illustration 10

C'est une histoire classique, avec un bien clairement défini et un mal parfaitement lisible. Si vous débutez dans l'écriture, tournez-vous vers les contes. Leur intrigue est très stricte et claire. Et dans les contes, le bien triomphe assez souvent du mal. Pourquoi est-ce important ? Pour tracer les lignes de l'antagoniste et du protagoniste, savoir quels personnages garder ou supprimer, et mener l'histoire jusqu'au dénouement. De plus, les antagonistes de ces histoires sont très lisibles.


Dans la structure classique, l'antagoniste n'a qu'un but : détruire le héros, car le protagoniste contrarie ses plans. Et son plan est en général unique : dominer le monde. Cela vaut surtout pour les adaptations de contes. D'ailleurs, nous avons expliqué ici comment Disney a adapté différents contes et comment s'écrivent les scénarios d'animation.


Si vous souhaitez discuter de l'écriture de votre propre histoire, écrivez-nous.


Le but de Scar : se débarrasser de Simba pour prendre le pouvoir. Le but d'Hadès : se débarrasser d'Hercule, car une prophétie a annoncé qu'Hercule l'empêcherait de conquérir le monde des dieux. Le but de Jafar : se débarrasser d'Aladdin pour obtenir la lampe et la domination du monde. Le but de la Reine : détruire Blanche-Neige, car le miroir a dit que c'est Blanche-Neige la plus belle, et non la Reine. Et ainsi de suite.

Comment écrire un bon scénario — illustration 11

Si vous ne savez pas comment construire une histoire à partir du héros, intéressez-vous aux forces du mal. Qui sont ces gens/créatures ? Que veulent-ils ? Pourquoi ont-ils besoin du héros ? Rappelez-vous qu'au cœur de l'intrigue se trouve l'affrontement permanent entre les forces du bien et du mal.


Si l'on parle de schémas plus complexes, on trouve bien sûr des structures bien plus intéressantes, y compris en animation.

Le climax


Le climax est la grande bataille du bien contre le mal. Dans les films d'action, cette bataille est sans ambiguïté et consiste surtout en actions physiques directes, l'adversaire cherchant à nuire au protagoniste. D'ailleurs, notez que dans les dessins animés Disney, et même dans « Harry Potter », le protagoniste ne tue jamais lui-même l'antagoniste. Le héros ne peut pas être un meurtrier, c'est la règle. Voldemort meurt de son propre sortilège renvoyé contre lui. Dans « Blanche-Neige », la Reine tombe d'une falaise frappée par la foudre. Observez le climax du « Roi lion ». Simba précipite Scar du haut du rocher, comme Scar l'avait fait avec son père — mais Scar ne meurt pas. La vengeance est accomplie, mais pas entièrement. C'est en bas que Scar est tué par ses propres hyènes. Ainsi fonctionnent presque tous les dénouements des histoires classiques.

Comment écrire un bon scénario — illustration 12

Dans des histoires plus complexes, bien sûr, le climax peut être différent. Quand le héros est ambigu, avec de bons et de mauvais côtés, le climax suit un tout autre schéma. Reprenons Shrek : au début du film, il incarnait plutôt le mal, l'antagoniste. Il voulait se débarrasser des gens et des créatures en trop. Dans un conte classique, Shrek aurait facilement pu être le méchant. Mais son chemin consiste à apprendre à aimer, à trouver ses semblables, à ouvrir son cœur au monde. Son climax est donc de sauver ceux qui l'agaçaient tant.


Et de conquérir la princesse dont il tombe peu à peu amoureux au fil de l'intrigue. Le climax de son histoire, c'est le baiser et les retrouvailles des amoureux. C'est l'histoire d'une lutte contre lui-même, qu'il a su remporter.

Comment écrire un bon scénario — illustration 13

Le dénouement


Rappelez-vous : la fin d'une histoire, c'est ce pour quoi vous vouliez la raconter. Pas de fin, pas d'histoire. Mais inutile d'être trop exigeant à ce sujet. Certains auteurs ne savent pas comment leur histoire finira avant de commencer à l'écrire. C'est aussi une méthode, et elle n'est pas mauvaise. Néanmoins, la fin est une part importante de l'histoire. Laissons de côté le cinéma d'auteur, où la fin ouverte ou l'absence de fin est un principe de base, et revenons à nos exemples.


Le plus souvent, bien sûr, le héros obtient ce qu'il veut : une belle princesse, assez souvent la richesse, surtout s'il était pauvre et a beaucoup souffert. Il obtient la paix et se libère de ceux qui lui rendaient la vie insupportable. Il s'agit, bien sûr, d'une fin heureuse.


Point important : avant la fin heureuse, une bonne histoire montre l'effondrement total du héros. Blanche-Neige est morte, et on ne voit pas du tout comment la sauver. Le robot WALL-E ne donne plus aucun signe de vie humaine et devient un vrai robot. Souvent, le héros est jeté au cachot, privé de toute issue et de ses alliés. Tout aussi souvent, il est aidé par un objet que ses parents, alliés ou amis lui ont donné pour la route. Parfois une information ou des souvenirs, parfois un objet physique.


Mais l'essentiel, ce que le héros utilise avant sa victoire finale, c'est ce qu'il a acquis au long de son grand voyage. Un scénariste débutant tombe souvent sur ce bon conseil de manuel : pour écrire une histoire, décrivez le héros que vous voulez voir à la fin, et faites-en l'exact opposé au début. Ou l'inverse. Quoi qu'il en soit, l'essentiel est qu'au final, avant sa renaissance, le héros utilise ce qu'il a appris au fil de l'intrigue. Shrek a appris à communiquer, à aller vers les autres, à aimer : c'est pourquoi il conquiert la princesse et trouve le bonheur. Le perroquet Kesha apprend à écouter les autres et à ne pas penser qu'à lui, et parvient ainsi à une fin heureuse. Dans « La Petite Sirène », Triton, qui craignait terriblement les humains, transforme sa propre fille en humaine, car seul cela peut la rendre heureuse.

Comment écrire un bon scénario — illustration 15

La fin, c'est la transformation définitive du héros. Dans la structure classique, c'est un héros qui ne vivra plus jamais son ancienne vie. Parfois, c'est sa mort, sa destruction totale. Dans « Breaking Bad », le héros meurt, mais heureux, car il finit sa vie dans la peau du méchant qu'il a toujours voulu être. Tel était son chemin. Simba sort de l'histoire en lion adulte, courageux, fort, capable de guider les autres et responsable de sa vie comme de celle des autres. L'essentiel à savoir : le héros a changé. Il n'est plus celui du début.

Voilà, c'est à peu près tout. Et rappelez-vous : aucun manuel ne vous dira comment bien écrire une histoire. Il n'y a pas de recette. McKee, l'auteur de « Story », n'a jamais écrit un seul grand scénario. Talent et métier : voilà les deux clés pour bien écrire. Dans notre studio, nous savons bien écrire. Si vous voulez votre propre film d'animation, écrivez-nous.

Comment écrire un bon scénario — illustration 16

Autrice : Sasha Potapova

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Comment bien écrire un bon scénario

En bref : pour écrire un scénario captivant, il faut beaucoup écrire. Et beaucoup lire. Pour écrire une histoire animée captivante, il faut beaucoup regarder. Point important : en animation, on écrit les scénarios presque comme pour le cinéma en prises de vues réelles. Du moins pour la structure : ce sont les mêmes lois de la dramaturgie. Mieux encore, dans le cinéma de festival, ces lois sont presque les mêmes qu'à Hollywood. Le « squelette » d'un film d'auteur diffère peu de celui d'un film grand public — seule la manière change.


Aujourd'hui, nous verrons de quoi se compose une histoire, comment s'écrivent les histoires animées et quelles techniques aident à retenir l'attention du spectateur.

Comment écrire un bon scénario — illustration 2

Vous trouverez dans ce texte quelques astuces pour créer une histoire captivante. Dans notre studio, nous accordons toujours une immense attention au scénario et à la structure du récit, même pour un spot publicitaire de dix secondes. Si vous souhaitez discuter de votre idée et la peaufiner, écrivez-nous.

Le déclencheur


Commençons donc par le commencement. En bref, voici ce que disent les manuels les plus populaires (mon top : « Le Héros aux mille et un visages » de Joseph Campbell, « Story » de Robert McKee, « The Tools of Screenwriting » de David Howard et Edward Mabley). Une histoire a un début, un milieu et une fin. Un déclencheur, un climax et un dénouement. Examinons d'abord ces éléments à partir d'un film : « Titanic ».

Comment écrire un bon scénario — illustration 3

Racontons l'histoire de Jack Dawson. Le déclencheur de son histoire n'est pas le moment où il monte à bord du Titanic. C'est certes un grand événement pour lui, mais Jack n'a rien fait pour cela. Il a gagné les billets au poker et, même quand son adversaire s'est emporté, il n'était pas prêt à se battre pour ses gains. Il a juste fermé les yeux. Jack a eu de la chance — et maintenant, sa véritable histoire l'attend.


Le déclencheur de l'histoire de Jack, c'est le moment où il tombe amoureux d'une femme de première classe. Inaccessible, impossible pour lui. C'est alors que le spectateur s'attache définitivement à l'histoire. Parce qu'il se pose une question : comment tout cela va-t-il finir ? Retenez-le : le déclencheur est un événement qui change à jamais la vie du héros.


Kolobok s'enfuit de chez le grand-père et la grand-mère vers un monde nouveau et inconnu. Sa vie ne sera plus jamais la même. Le père de Simba meurt (« Le Roi lion »). Sa vie ne sera plus jamais la même. Dans le marais que Shrek aime plus que tout au monde, on déverse des personnages de contes. Shrek doit se lever et agir pour rétablir l'ordre de vie qui lui convenait. Le déclencheur, c'est le début du conflit du héros avec le monde extérieur. C'est le héros qui quitte la maison chaleureuse, où tout lui est proche et familier, pour une forêt inconnue. Un monde nouveau, totalement inexploré, mystérieux, mais inévitable.

Comment écrire un bon scénario — illustration 4

Le développement


Commence alors la longue et difficile histoire des épreuves du héros. Péripétie, événement dramatique, brèche, complications progressives : selon les manuels, ces mots désignent ce qui pousse le héros vers son but.


Arrêtons-nous ici plus en détail. Nous connaissons des films et des animations où le héros a un but final très clair : libérer ses parents (« Le Voyage de Chihiro » de Miyazaki), tuer Voldemort (« Harry Potter »), libérer Rose (« Titanic »). D'ailleurs, notez-le : le but de Jack Dawson n'est pas tant de conquérir cette femme que de la rendre heureuse. C'est pour cela qu'il meurt. Non pas parce qu'il n'y a pas de place pour lui sur la porte, mais parce que Rose n'aurait guère vécu une vie heureuse avec Jack.

Comment écrire un bon scénario — illustration 5

Mais nous connaissons aussi des films et des animations où le but du héros change au fil de l'intrigue. Où le héros semble vouloir une chose, puis comprend que son but est tout autre.


Au départ, Shrek ne veut ni tomber amoureux, ni se faire des amis, et n'a aucune envie de côtoyer le monde extérieur. Son seul désir : qu'on le laisse tranquille. Son but initial est donc de débarrasser son marais des intrus. Seuls le développement de l'intrigue et la complexité croissante de ses épreuves le mènent à son but final.


Simba n'a aucune intention de défendre sa jungle ni de venger le meurtre de son père. Son seul but : vivre une vie égoïste, libre de soucis et d'épreuves. Ce n'est que grâce à ses alliés, et en comprenant que sa terre est en danger, qu'il revient pour libérer les autres.


Qu'est-ce que cela nous dit ? Cela témoigne du professionnalisme de l'auteur. Une histoire où le héros a un but précis et définitif, et l'atteint simplement, n'est pas toujours intéressante à regarder. Il y a des exceptions, bien sûr, mais la base d'un bon scénario, c'est un héros complexe. Un héros aux sentiments complexes, qui ne sait pas toujours ce qu'il veut, au passé difficile. Dans toute histoire, animée ou en prises de vues réelles, efforcez-vous de créer un héros plein de contradictions.


Shrek est très bon à l'intérieur, mais très effrayant et menaçant à l'extérieur. Le perroquet Kesha est colérique et prétentieux, mais il aime toujours son maître Vovka. Gentil, prêt à aider, même s'il se conduit comme un enfant.

Comment écrire un bon scénario — illustration 6

Souvenez-vous du futur mari de Rose, dans ce même « Titanic ». Un type désagréable, fuyant, méchant, égoïste et narcissique. Son talon d'Achille et la valeur suprême de sa vie, c'est son honneur. Et pourtant, le film contient une scène remarquable où Caledon, avec Jack, persuade Rose de monter dans le canot. Encore une fois : un homme que sa fiancée vient de tromper s'allie à l'amant, côte à côte, pour sauver celle qu'il aime. Le héros fait passer son honneur au second plan au nom du véritable amour qui vit encore en lui. Voilà le professionnalisme de l'auteur : un héros complexe et contradictoire.

Comment écrire un bon scénario — illustration 7

Le héros, c'est son choix. Pourtant, une chose unit absolument toutes les histoires, en prises de vues réelles comme animées, et distingue la dramaturgie de la littérature : l'action. Le héros doit agir.


Une histoire où le héros refuse d'agir n'intéressera pas le spectateur. Dans de rares cas, les auteurs écrivent sciemment des histoires au héros passif pour briser le canon, comme « The Big Lebowski » des frères Coen, mais un tel scénario n'aurait rien de brillant si des forces extérieures ne bousculaient, ne secouaient et ne forçaient pas le héros à quitter son canapé pour faire enfin quelque chose. Si un film ou un scénario a un protagoniste faible, il a sans doute un antagoniste très fort.


L'action, c'est le choix. C'est un point important. Le choix, c'est l'action du héros à la croisée des chemins. Le héros veut rentrer chez lui, mais à trois cents miles se trouve une princesse dans un château. Que choisir ? La maison est chaude et confortable, mais le château, c'est un monde nouveau et inconnu. Le héros choisit de partir plutôt que de rester. Le héros a un cancer, il mourra dans quelques années et veut à tout prix mettre sa famille à l'abri. Il veut aussi, au moins une fois dans sa vie, se sentir important. Une option se présente : fabriquer des substances illicites. Il s'agit bien sûr de la série « Breaking Bad ». Vous sentez à quel point ce choix est difficile ? C'est formidable quand la vie place le héros face à un choix difficile.

Comment écrire un bon scénario — illustration 8

Rappelez-vous : était-il difficile pour Jack Dawson de mourir pour sauver Rose ? En réalité, c'était assez facile pour lui. C'est pourquoi Jack n'est pas, à proprement parler, le héros de « Titanic ». Pour le futur mari de Rose, en revanche, sacrifier son honneur à celle qu'il aime est bien plus difficile. Et voilà un choix intéressant et complexe. Un choix facile pour le héros n'est pas un choix.


Le choix du héros est le moteur principal de l'histoire. Il a été très difficile pour Simba de quitter un monde insouciant pour revenir à celui de la responsabilité, des décisions et du risque pour sa vie et celle des autres. C'est un choix difficile.


La pièce la plus importante au monde, sans doute, parle justement de la difficulté du choix. « Être ou ne pas être, telle est la question. » C'est Hamlet. Et ce qui rend grands cette pièce et ce héros, c'est la difficulté du choix qu'il veut (ou ne veut pas ?) faire. Sans oublier que l'intrigue du « Roi lion » est celle de Hamlet.

Les alliés


Qu'est-ce qui aide le héros à faire son choix ? Les alliés sont une part importante du récit. Sans eux, le héros ne serait rien. Les sept nains aident Blanche-Neige à se débarrasser de la Reine. Nala et Rafiki sont les alliés de Simba, sans qui il ne serait jamais rentré sauver sa terre. Sans-Visage, ou Kaonashi, est l'allié de Chihiro, sans qui la fillette n'aurait pas pu sauver ses parents (« Le Voyage de Chihiro » de Miyazaki). Fait notable : au début, il agit plutôt en antagoniste et tente l'héroïne avec des richesses et de l'or, mais Chihiro surmonte dignement cette épreuve et apprivoise la créature qui semblait prête à détruire tout le monde de nos héros.

Comment écrire un bon scénario — illustration 9

L'aide apportée au héros sur le chemin du but, ou dans le monde inconnu, est un élément obligatoire de la structure.

Le bien et le mal


Revenons au conte « Blanche-Neige et les Sept Nains ». Vous vous souvenez de l'intrigue ? Blanche-Neige est une jeune fille gentille, travailleuse et charmante, que la Reine déteste. Un beau jour, la Reine apprend par le miroir qu'elle n'est pas du tout la plus belle. Elle décide de tuer Blanche-Neige. Le meurtre échoue, car le tueur prend pitié de l'héroïne, et Blanche-Neige se retrouve dans la forêt. Elle y rencontre les nains ; puis la Reine apprend que la petite est vivante, se déguise en vieille femme et vient lui faire manger une pomme. Blanche-Neige tombe comme morte en croquant la pomme, et les nains parviennent à éliminer la Reine. On croirait la fin venue — Blanche-Neige est morte — mais le prince charmant sauve l'héroïne d'un baiser. Voilà toute l'histoire.

Comment écrire un bon scénario — illustration 10

C'est une histoire classique, avec un bien clairement défini et un mal parfaitement lisible. Si vous débutez dans l'écriture, tournez-vous vers les contes. Leur intrigue est très stricte et claire. Et dans les contes, le bien triomphe assez souvent du mal. Pourquoi est-ce important ? Pour tracer les lignes de l'antagoniste et du protagoniste, savoir quels personnages garder ou supprimer, et mener l'histoire jusqu'au dénouement. De plus, les antagonistes de ces histoires sont très lisibles.


Dans la structure classique, l'antagoniste n'a qu'un but : détruire le héros, car le protagoniste contrarie ses plans. Et son plan est en général unique : dominer le monde. Cela vaut surtout pour les adaptations de contes. D'ailleurs, nous avons expliqué ici comment Disney a adapté différents contes et comment s'écrivent les scénarios d'animation.


Si vous souhaitez discuter de l'écriture de votre propre histoire, écrivez-nous.


Le but de Scar : se débarrasser de Simba pour prendre le pouvoir. Le but d'Hadès : se débarrasser d'Hercule, car une prophétie a annoncé qu'Hercule l'empêcherait de conquérir le monde des dieux. Le but de Jafar : se débarrasser d'Aladdin pour obtenir la lampe et la domination du monde. Le but de la Reine : détruire Blanche-Neige, car le miroir a dit que c'est Blanche-Neige la plus belle, et non la Reine. Et ainsi de suite.

Comment écrire un bon scénario — illustration 11

Si vous ne savez pas comment construire une histoire à partir du héros, intéressez-vous aux forces du mal. Qui sont ces gens/créatures ? Que veulent-ils ? Pourquoi ont-ils besoin du héros ? Rappelez-vous qu'au cœur de l'intrigue se trouve l'affrontement permanent entre les forces du bien et du mal.


Si l'on parle de schémas plus complexes, on trouve bien sûr des structures bien plus intéressantes, y compris en animation.

Le climax


Le climax est la grande bataille du bien contre le mal. Dans les films d'action, cette bataille est sans ambiguïté et consiste surtout en actions physiques directes, l'adversaire cherchant à nuire au protagoniste. D'ailleurs, notez que dans les dessins animés Disney, et même dans « Harry Potter », le protagoniste ne tue jamais lui-même l'antagoniste. Le héros ne peut pas être un meurtrier, c'est la règle. Voldemort meurt de son propre sortilège renvoyé contre lui. Dans « Blanche-Neige », la Reine tombe d'une falaise frappée par la foudre. Observez le climax du « Roi lion ». Simba précipite Scar du haut du rocher, comme Scar l'avait fait avec son père — mais Scar ne meurt pas. La vengeance est accomplie, mais pas entièrement. C'est en bas que Scar est tué par ses propres hyènes. Ainsi fonctionnent presque tous les dénouements des histoires classiques.

Comment écrire un bon scénario — illustration 12

Dans des histoires plus complexes, bien sûr, le climax peut être différent. Quand le héros est ambigu, avec de bons et de mauvais côtés, le climax suit un tout autre schéma. Reprenons Shrek : au début du film, il incarnait plutôt le mal, l'antagoniste. Il voulait se débarrasser des gens et des créatures en trop. Dans un conte classique, Shrek aurait facilement pu être le méchant. Mais son chemin consiste à apprendre à aimer, à trouver ses semblables, à ouvrir son cœur au monde. Son climax est donc de sauver ceux qui l'agaçaient tant.


Et de conquérir la princesse dont il tombe peu à peu amoureux au fil de l'intrigue. Le climax de son histoire, c'est le baiser et les retrouvailles des amoureux. C'est l'histoire d'une lutte contre lui-même, qu'il a su remporter.

Comment écrire un bon scénario — illustration 13

Le dénouement


Rappelez-vous : la fin d'une histoire, c'est ce pour quoi vous vouliez la raconter. Pas de fin, pas d'histoire. Mais inutile d'être trop exigeant à ce sujet. Certains auteurs ne savent pas comment leur histoire finira avant de commencer à l'écrire. C'est aussi une méthode, et elle n'est pas mauvaise. Néanmoins, la fin est une part importante de l'histoire. Laissons de côté le cinéma d'auteur, où la fin ouverte ou l'absence de fin est un principe de base, et revenons à nos exemples.


Le plus souvent, bien sûr, le héros obtient ce qu'il veut : une belle princesse, assez souvent la richesse, surtout s'il était pauvre et a beaucoup souffert. Il obtient la paix et se libère de ceux qui lui rendaient la vie insupportable. Il s'agit, bien sûr, d'une fin heureuse.


Point important : avant la fin heureuse, une bonne histoire montre l'effondrement total du héros. Blanche-Neige est morte, et on ne voit pas du tout comment la sauver. Le robot WALL-E ne donne plus aucun signe de vie humaine et devient un vrai robot. Souvent, le héros est jeté au cachot, privé de toute issue et de ses alliés. Tout aussi souvent, il est aidé par un objet que ses parents, alliés ou amis lui ont donné pour la route. Parfois une information ou des souvenirs, parfois un objet physique.


Mais l'essentiel, ce que le héros utilise avant sa victoire finale, c'est ce qu'il a acquis au long de son grand voyage. Un scénariste débutant tombe souvent sur ce bon conseil de manuel : pour écrire une histoire, décrivez le héros que vous voulez voir à la fin, et faites-en l'exact opposé au début. Ou l'inverse. Quoi qu'il en soit, l'essentiel est qu'au final, avant sa renaissance, le héros utilise ce qu'il a appris au fil de l'intrigue. Shrek a appris à communiquer, à aller vers les autres, à aimer : c'est pourquoi il conquiert la princesse et trouve le bonheur. Le perroquet Kesha apprend à écouter les autres et à ne pas penser qu'à lui, et parvient ainsi à une fin heureuse. Dans « La Petite Sirène », Triton, qui craignait terriblement les humains, transforme sa propre fille en humaine, car seul cela peut la rendre heureuse.

Comment écrire un bon scénario — illustration 14

La fin, c'est la transformation définitive du héros. Dans la structure classique, c'est un héros qui ne vivra plus jamais son ancienne vie. Parfois, c'est sa mort, sa destruction totale. Dans « Breaking Bad », le héros meurt, mais heureux, car il finit sa vie dans la peau du méchant qu'il a toujours voulu être. Tel était son chemin. Simba sort de l'histoire en lion adulte, courageux, fort, capable de guider les autres et responsable de sa vie comme de celle des autres. L'essentiel à savoir : le héros a changé. Il n'est plus celui du début.

Voilà, c'est à peu près tout. Et rappelez-vous : aucun manuel ne vous dira comment bien écrire une histoire. Il n'y a pas de recette. McKee, l'auteur de « Story », n'a jamais écrit un seul grand scénario. Talent et métier : voilà les deux clés pour bien écrire. Dans notre studio, nous savons bien écrire. Si vous voulez votre propre film d'animation, écrivez-nous.

Comment écrire un bon scénario — illustration 15

Autrice : Sasha Potapova

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